L’École nationale supérieure d’arts de Paris Cergy est située en banlieue nord-ouest de Paris. Sa position en périphérie, dégagée de toute idée de centre, ouvre à des questionnements, des écarts. Des pratiques expérimentales s’y activent, conscientes de la force de ce décentrement.

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Avec « Moving Frontiers – Faire et défaire / Do and undo », Paris Cergy propose un dispositif annuel, avec trois espaces-temps intensifs, autour desquels les participants interrogent leurs propres limites esthétiques et théoriques pour en inventer d’autres. « Moving Frontiers – Faire et défaire / Do and undo » se présente comme un lieu de création de pratiques artistiques, théoriques et politiques radicales capables d’interroger notre époque.

« Moving Frontiers – Faire et défaire / Do and undo » met d’emblée au centre du dispositif la question esthétique, politique et théorique des frontières. Les pratiques esthétiques, théoriques et politiques sont façonnées et orientées par de multiples frontières, protéiformes, internes comme externes, implicites comme explicites, latentes ou patentes. Ces frontières se trouvent au cœur d’enjeux de pouvoirs, de définitions, de délimitations, de colonisations et d’identités. Elles peuvent constituer des instances normatives, créer et renforcer des rapports de force, de soumission, provoquer des effets sclérosants, voire des censures inconscientes. Elles tendent à assigner l’art et la théorie à des lieux spécifiques, à instaurer des clôtures entre les différents domaines artistiques, entre les disciplines, et ainsi à bloquer les imaginaires et l’expérimentation.

La problématique des frontières et de ses limites constituent un instrument inégalé et complexe pour comprendre le monde et saisir notre rapport au monde – la question des identités, des territoires, des flux, des relations sociales, les questions de sexe, de genre, de race, mais aussi la question des tensions, des peurs, des stratégies, des exclusions etc. L’analyse des frontières, est un point d’entrée permettant de faire le diagnostic de notre présent, de comprendre qui nous sommes, ce que nous sommes, pourquoi nous sommes là, ce que nous avons à y faire. Mais surtout de ce dont nous avons à nous défaire. Le projet de « Moving Frontiers – Faire et défaire / Do and undo » est de produire des imaginaires liés à d’autres pratiques esthétiques et théoriques. Mais aussi d’éprouver pratiquement et théoriquement les frontières que nous rencontrons quotidiennement et avec lesquelles nous devons tous composer, à l’intérieur de
nos pratiques, mais surtout entre nos pratiques. Des frontières qui, plus généralement, structurent notre rapport à l’espace, au temps, aux images, aux institutions, à la politique, aux territoires, au public, à nous-mêmes ? Comment penser leur historicité et leur contingence ? Mais surtout, comment s’en déprendre ? Et de quelles façons cette départition ouvre-t-elle la voie à l’invention d’autres manières de faire, d’autres manières de penser, et d’autres manières de thématiser la relation entre le faire et le penser ?

Ce programme se donne l’ambition de laisser place à l’inédit, à l’imprévu, à l’inattendu, au dissemblable, pour la constitution d’autres liens entre pratiques esthétiques, pratiques théoriques, pratiques politiques, autorisant des moments d’interpellations, d’écarts, de croisements, d’éclairages réciproques, et donc de redéfinitions mutuelles.